#020 | D’autres acteurs de l’international | Marie Fontbostier

Réseaux locaux, missions terrain et structuration des initiatives : comment intégrer concrètement les Français de l’étranger dans le développement international des entreprises françaises

À travers son expérience de dirigeante de VISIT FOR YOU, Marie Fontbostier propose une approche résolument opérationnelle de la mobilisation des Français de l’étranger, en mettant en lumière le rôle des réseaux locaux, l’intégration des conjoints expatriés et les conditions concrètes pour faire de l’extériorité des Français de l’Étranger un levier efficace du développement international.

DFO: À la lumière de votre expérience, comment les Français de l’étranger peuvent-ils être mobilisés comme un véritable appui opérationnel et stratégique au service du développement international des entreprises françaises ?

MF: Etant CEO de la société VISIT FOR YOU, qui propose un réseau de plus de 350 intervenants expatriés dans 62 pays pour des missions opérationnelles au service du développement des entreprises françaises à l’international, j’ai envie de vous répondre qu’il faut solliciter les services de mon entreprise.

Plus largement, mon expérience d’expatriée française et l’activité de mon entreprise VISIT FOR YOU me confortent dans mon idée que les français de la diaspora motivés par une contribution au développement international des entreprises françaises sont bien intégrés dans des réseaux locaux francophones (cercles des français à …, Accueils de la FIAFE, Instituts français, ….) et ont une vie associative active. Par conséquent, se rapprocher de ces réseaux fédérateurs des Français de l’étranger me paraît être une stratégie opportune.

Comment votre initiative peut-elle contribuer à faciliter les expatriations, notamment en améliorant la situation professionnelle et sociale des conjoints suiveurs ?

L’activité de ma société permet aux conjoints accompagnateurs expatriés d’avoir une activité professionnelle flexible ou non. En leur proposant des missions opérationnelles locales pour des entreprises françaises, nous leur permettons d’avoir une autre position sociale que « conjoint de », d’apporter leur contribution financière au foyer, de maintenir leur employabilité et surtout de garder confiance en leurs compétences.

La situation du conjoint expatrié accompagnateur peut peser sur la prise de la greffe dans le pays. En cas de déséquilibre entre la situation valorisante et challengeante de l’expatrié et le désarroi du conjoint, c’est tout le projet d’expatriation qui peut être remis en cause. La bonne intégration et l’épanouissement du conjoint font bien partie des clés de la réussite d’une expatriation. La proposition de VISIT FOR YOU peut dont pleinement contribuer à faciliter les expatriations en réduisant ce risque de déséquilibre et d’isolement.

Comment faire en sorte que les institutions et entreprises françaises, en France comme à l’étranger, intègrent pleinement les initiatives comme la vôtre dans leurs dispositifs et chaînes de valeur, afin de tirer pleinement parti des talents diasporiques que vous mobilisez?

Un travail permanent sur la notoriété de VISIT FOR YOU auprès des instances centrales en France des représentations françaises associatives ou institutionnelles à l’étranger est nécessaire.  C’est un travail qui demande beaucoup de temps et de moyens. Cela n’est cependant pas suffisant et j’ai pu constater que mes visites à l’étranger étaient également très efficaces. Mes déplacements à New York ou à Casablanca, par exemple, me l’ont confirmé.

Côté entreprises, le réseautage fait son travail et nous bénéficions de beaucoup de recommandations. Des actions de communication afin de diffuser notre proposition sont très efficaces, notamment sur LinkedIn. Une campagne presse initiée au lancement de la société avait donné de la visibilité et conduit à quelques interviews radio et podcasts. Je me refuse pour l’instant à financer des interviews payantes sur les plateaux télé des chaînes d’information continue. C’est peut-être une erreur. Il est certain qu’un budget communication plus important serait déterminant dans la diffusion de mon message. J’ai eu la chance d’être sélectionnée sur des événements d’envergure tels que le TOP AFEP. Ces évènements permettent de rencontrer des décideurs clés.

Afin de proposer un nombre maximum de missions, je concentre ma stratégie de prospection commerciale vers des entreprises susceptibles de me solliciter de manière récurrente et dans différents pays. L’idée est aussi de conclure des partenariats avec des prescripteurs : grandes banques, cabinets de conseils, structures d’accompagnement des entreprises à l’international.

Je travaille beaucoup à faire reconnaître la complémentarité des services opérationnels de VISIT FOR YOU avec ceux de la Team France Export. Enfin, je suis membre de l’OSCI, la fédération des acteurs privés de l’accompagnement au développement international des entreprises. Ceci me permet d’insérer dans cet écosystème l’offre de nos services et les talents de la diaspora française.

Photo de profil de Marie Fontbostier, CEO de VISIT for YOU

“Un grand chantier de recensement des instances compétentes serait un bon départ pour renforcer et faciliter les initiatives privées, associatives ou entrepreneuriales des Français de l’étranger.”

Quelles actions la France pourrait-elle proposer pour renforcer et faciliter les initiatives privées, associatives ou entrepreneuriales des Français de l’étranger, afin de mieux mettre leur dynamisme au service de la Nation ?

Je pense que les actions à mettre en œuvre pour renforcer et faciliter les initiatives privées, associatives ou entrepreneuriales des Français de l’étranger doivent partir de la France pour essaimer, ensuite, de manière fédérée. Les instances susceptibles de les renforcer et de les rendre visibles existent déjà. Il n’est pas nécessaire de complexifier le paysage selon moi. Un grand chantier de recensement de ces instances serait déjà un bon départ.

Mes préconisations sont donc :

  • Réaliser une cartographie exhaustive des propositions existantes sans barrières public / privé en laissant le choix de la sélection aux intéressés. Par exemple : Quelles sont les spécificités de chaque acteur ? Qui est payant ? Quelle est leur cible ? Quels sont leurs moyens d’intervention ? Quel est leur rayonnement ? Pourra venir alors ensuite le temps de la création d’un message simplifié et de la mise en lumière;
  • Proposer davantage d’accompagnement à la création d’entreprises pour les français de l’étranger lorsque la réglementation locale le permet;
  • Créer un réseau non payant fédérant des entreprises françaises à l’étranger (à la différence des CCI et du réseau French Founders, par exemple, qui sont payants)
  • Apporter un soutien financier aux associations locales existantes pour remplir ce rôle de facilitation des initiatives privées entreprenariales.

Pourriez-vous citer des exemples de mesures efficaces qui permettraient de renforcer la présence et l’action de la France à travers les Français de l’étranger?

Je constate que l’expatriation est souvent un moment de prise de recul et de réflexion sur l’évolution d’une carrière. Les nombreux cercles de travail sur l’évolution de carrière ou la recherche d’emploi sont des chaudrons et des points de départ très intéressants pour mettre en lumière la diaspora française dans un pays étranger.
C’est là que tout naturellement les compétences se rassemblent avec une même perspective : se mettre au service d’un projet (professionnel) motivant.

Voir mes préconisations plus haut.

Avez-vous déjà sollicité des Français de l’étranger dans le cadre de vos activités, ou, à l’inverse, avez-vous déjà été sollicité(e) par des réseaux français en raison de vos activités?

Oui, bien sûr. C’est même le cœur de métier de ma société VISIT FOR YOU : grâce à notre réseau de plus de 450 intervenants locaux et experts expatriés, répartis dans 67 pays, nous proposons aux entreprises françaises le relai de ces personnes pour les rapprocher de leurs marchés et partenaires éloignés le temps de missions opérationnelles telles que :

  • Visites de distributeurs, usines, fournisseurs, importateurs;
  • Collecte d’informations terrain (prix, produits, échantillons…);
  • Renfort qualifié sur des salons internationaux;
  • Prélèvements de sols;
  • Captations vidéos, photos;
  • Accompagnement interculturel
  • Interprétariat;
  • Gestion de projets;
  • Country management;
  • Sourcing;
  • Etudes locales de marché;
  • Préparation de business trips.

À ce jour, nous avons fait travailler un grand nombre de français de l’étranger. Certains ont même vu leur mission ponctuelle se transformer en mission pérenne dans le pays.

D’après votre expérience, et au regard des retours d’autres expatriés, quelles mesures administratives (de toute nature) pourraient être améliorées ou mises en place afin de faciliter l’expatriation, la vie quotidienne à l’étranger et le retour en France ?

L’expatriation est souvent facilitée par les employeurs et l’accueil des expatriés à l’étranger est bien organisé grâce aux réseaux associatifs locaux.

J’ai le sentiment que le plus compliqué, et contre toute attente, est le retour en France. D’un point de vue administratif, l’expatrié a le sentiment de repartir à zéro au lieu de simplement réactiver son statut en France. Le sujet des décalages de timing entre la période d’inscription dans les établissements scolaires et la période de recherche d’un nouveau logement revient notamment fréquemment. Un parcours spécifique « retour d’expatriation » auprès des rectorats serait particulièrement précieux, je pense. Idem pour les services des impôts, de la CAF, de la sécurité sociales etc…

Quelles initiatives (de toute nature) seraient selon vous les bienvenues pour favoriser les échanges entre les Français de l’étranger et les Français de l’Hexagone, ainsi qu’entre la France et les pays de résidence, afin de renforcer les partenariats de tout ordre et de promouvoir les transferts de savoirs, de compétences, de capitaux, de réseaux et d’informations ?

Je pense que l’amélioration ne doit pas venir d’un ajout d’initiatives mais de la simplification / rationalisation de ces initiatives. Il faudrait les rendre plus lisibles et mieux repérables. D’où mon idée d’une cartographie sans restrictions public / privé / ancienneté / etc. Au bénéficiaire de faire son choix grâce à un éclairage sur l’offre disponible.

Selon vous, quel aspect essentiel de l’émigration, de la valorisation de cette richesse et de la vie des Français de l’étranger n’est jamais ou pas assez abordé ?

La préparation et la projection sont des composantes essentielles à l’émigration. Les grands groupes proposent cet accompagnement préalable. Le même type de préparation devrait être proposé plus largement par les instances publiques. Il ne
s’agit pas que du sujet de l’interculturalité. Les partages d’expérience peuvent être très précieux tout comme la présentation des différentes phases émotionnelles traversées, les spécificités matérielles, la vie associative locale, les possibilités locales d’accompagnement. A l’occasion de ces réunions de préparation, pourrait être abordé le sujet des possibilités d’implication des Français de l’étranger dans le rayonnement de la France et de ses acteurs économiques.

Un travail de sensibilisation des membres de la diaspora est important pour qu’ils se sentent porteurs légitimes de cette ambition. Car pour l’instant, je pense que seules les représentations officielles de la France sont légitimes à leurs yeux pour faire rayonner la France.


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