#013 | Structurer les diasporas régionales pour renforcer la compétitivité des territoires | Emmanuelle Darras

Réseaux d’expatriés, partenariats publics-privés et coordination des acteurs au service de l’action internationale des régions.

Emmanuelle DARRAS-RIVAULT est directrice de Racines Sud, une association à but non lucratif qui fédère depuis 2006 les Occitans de cœur ou d’adoption établis aux quatre coins du monde, et qui jouent le rôle d’ambassadeurs pour l’Occitanie, au service de futurs expatriés, d’étudiants, de chefs d’entreprises et d’élus.

Racines Sud travaille au quotidien avec l’enseignement supérieur, les collectivités publiques et les entreprises pour les mettre en relation avec nos adhérents pour gagner en efficacité et en réactivité sur leurs besoins à l’international. Un prix de l’expatriation salue depuis 16 ans leurs parcours internationaux.

Pouvez-vous expliquer en quoi la diaspora régionale peut constituer un appui déterminant pour le développement économique, l’innovation et l’internationalisation, non seulement de la région elle-même mais aussi de ses entreprises ?

Une diaspora régionale à l’internationale est un soutien incontournable pour faire rayonner un territoire au travers des individus bienveillants, ambassadeurs bénévoles de leur terre d’origine. Elle facilite pour les entreprises leur développement en apportant des contacts qualifiés et des éléments de réponses factuelles sur les données économiques d’un pays et les possibilités ou non d’y développer leur business.

Selon vous, les régions — ou plutôt territoires, pour reprendre la terminologie actuelle — ont-elles suffisamment conscience de disposer à l’étranger de ressortissants susceptibles de contribuer à leur développement international ? Si cette conscience existe, comment se traduit-elle concrètement dans la vie des régions ? Et si elle n’existe pas encore, comment pourrait-on la faire émerger et l’encourager ?

Je pense que les élus ont conscience de l’éventualité de pouvoir s’appuyer sur un réseau des ressortissants expatriés, mais méconnaissent la façon de les identifier et de les recenser par manque de temps ou d’expérience. Les réseaux d’alumnis bien connus des écoles de commerce peuvent être une source non négligeable mais ils font défaut dans les universités qui n’ont pas les moyens de les construire ni de les animer. Les échanges académiques entre universités françaises et étrangères ne sont pas non plus optimisés. Un étudiant étranger venu étudier en région, n’est pas par la suite suivi et transformé en ambassadeur.

La mobilisation de la diaspora régionale repose sur une multitude d’acteurs et d’initiatives, souvent portés par le secteur privé ou associatif. Comment, selon vous, assurer une véritable coordination entre ces initiatives privées, les besoins des entreprises, et les priorités des institutions publiques ? Et comment cette articulation pourrait-elle permettre de mieux valoriser les compétences de la diaspora, d’en faire un accélérateur de l’innovation et un appui opérationnel au développement international des territoires et de leurs entreprises ?

La formation d’une diaspora régionale à l’internationale repose sur des partenariats avec différents acteurs du secteur public et privé à savoir :

  • recenser les écoles et universités qui proposent des cursus internationaux et établir des partenariats pour identifier et solliciter leurs étudiants et alumnis,
  • recenser les entreprises dotées de filiales ou de bureaux à l’étranger pour recenser leurs collaborateurs expatriés,
  • travailler avec les collectivités sur leurs actions à l’international : jumelages, missions liées à l’attractivité, ….,
  • ne pas être en concurrence avec les agences de développement économique mais travailler conjointement.

Selon vous, l’échelle régionale est-elle pertinente pour mener des politiques diasporiques ? La région devrait-elle être la seule compétente sur ces sujets, ou bien l’organisation de l’État et la définition de stratégies nationales demeurent-elles indispensables pour donner cohérence et efficacité à ces actions ?

Cette mission, aujourd’hui, relève d’initiatives privées mais on pourrait imaginer que la région développe et mobilise un budget humain et financier pour s’intéresser à ces actions qui sont à mon sens une force non négligeable pour valoriser un territoire et y accueillir des talents.

Quelles actions la France pourrait-elle mettre en œuvre pour renforcer et faciliter l’engagement des Français de l’étranger — associatifs, entrepreneuriaux ou individuels — afin de mieux valoriser leur contribution au service de la Nation, améliorer leurs conditions d’expatriation et de retour, renforcer la présence française à l’international, et corriger le regard encore porté sur l’émigration et ceux qui ont fait le choix de partir ?

[Plusieurs réponses à cette question:]

  • [On pourrait imaginer] des appels à projet et des concours au niveau national. Les acteurs d’une région pourraient [ainsi] proposer un projet d’actions visant à créer des réseaux de diasporas régionales et à les animer.
  • [La reconnaissance est importante.] Des prix de l’expatriation [comme les attribue Racines Sud] récompensent les parcours talentueux de ressortissants français à l’étranger.
  • Racines Sud œuvre au quotidien à solliciter ses ambassadeurs pour répondre aux préoccupations des étudiants, des chefs d’entreprises voire des élus depuis 20 ans en 2026. Si notre travail est reconnu, la fonte des subventions publiques est un véritable frein à nos actions, surtout pour pouvoir fédérer nos membres en organisant des rencontres à l’étranger. [Ces subventions sont cruciales.]
  • Pour les futurs expatriés, une formation interculturelle me semble importante. Elle pourrait être prise en charge par l’État. On ne peut pas rêver d’un annuaire international mais une plateforme dédiée aux ressources humaines pour chaque région sur le volet international et le partage d’expériences [serait intéressant].
  • [Enfin] eu égard à l’administration fiscale, l’expatriation est mal vue. C’est ridicule. Il y a un manque [global] d’information et de valorisation des personnes qui ont eu le courage de partir.

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