#018 | Visibilité des acteurs économiques français à l’étranger | Aurélie Barrial

Comment rendre visible et accessible le tissu économique français à l'étranger et renforcer la coopération diasporique et mieux connecter ce tissu économique aux institutions françaises?

Aurélie Barrial, fondatrice du Bottin Mondial

Avec le Bottin Mondial, Aurélie Barrial propose une approche concrète pour rendre visible et structurer le tissu encore largement méconnu des entrepreneurs français à l’étranger, en créant une cartographie accessible des acteurs économiques de la diaspora et un outil de mise en réseau au service des expatriés, des institutions et de la coopération économique française.

Aurélie Barrial est expatriée depuis plus de 25 ans. Originaire de La Réunion, elle a résidé successivement à Madagascar, en Afrique du Sud, en Italie, en Pologne et au Brésil, avant de s’établir à Atlanta, aux États-Unis.

En 2024, elle fonde Le Bottin Mondial, annuaire dédié aux entreprises et professionnels français à l’international. Cette initiative vise à structurer, cartographier et valoriser la présence économique française hors du territoire national, tout en favorisant les synergies entre acteurs économiques.
 
Pensé comme un outil de visibilité et de mise en réseau, Le Bottin Mondial contribue au rayonnement du savoir-faire français à l’étranger. L’accès à la plateforme est gratuit pour les utilisateurs ; les professionnels y sont référencés via une contribution annuelle symbolique de 12 dollars.

DFO: Le tissu économique français à l’étranger est constitué, au-delà des grandes entreprises déjà représentées par leurs filiales, d’un grand nombre de TPE et de PME de droit local créées par des entrepreneurs français (les EFE). Or, ces acteurs restent largement hors des radars : les institutions françaises à l’étranger n’ont ni la mission ni toujours les compétences pour les accompagner. Votre outil pourrait-il devenir une véritable cartographie de ce tissu économique « parallèle », encore non intégré aux stratégies nationales, et dont l’analyse pourrait conduire à une refonte des offres institutionnelles, afin de mieux les intégrer à la fois dans leurs dispositifs et, plus largement, dans l’économie française ? Voyez-vous d'autres cas d'utilisation stratégique du Bottin Mondial par les institutions françaises à l'étranger?

Je pense qu’il y a deux aspects à cet état des lieux : 

  • le premier c’est que certains entrepreneurs dans ces catégories conduisent leurs initiatives de façon totalement indépendante car ils ne voient pas ce que des institutions françaises pourraient leur apporter. 
  • Le second c’est le manque de visibilité et de communication des institutions envers eux. 

Les raisons de part et d’autre sont multiples. En tout cas, ce que je cherche à faire avec Le Bottin Mondial, c’est de rassembler tout le monde, et de créer, comme vous le dites très bien « une cartographie » de ces acteurs. L’abonnement annuel à 12$ n’a pas vocation à augmenter car c’est précisément son accessibilité à tous qui permet de rassembler « petits » et « grands ». Je suis très attachée à l’idée que chacun est important, a un parcours qui peut inspirer les autres, peut trouver des nouveaux partenaires et sentir qu’on appartient tous à cette communauté de minis porte-drapeaux Français émigrés, expatriés.

Voici un exemple très concret de l’utilité du Bottin Mondial dans cette cartographie : imaginons que sur un territoire, on se rende compte qu’il y a une proportion de 50% de TPE/PME qui ne figurent pas sur les radars existants. Alors, les institutions ou clubs professionnels peuvent décider de modifier leur offre de service pour s’intéresser à eux : en créant des memberships adaptés, des formation en ligne ou en présentiel, des parrainages, des offres publicitaires, etc.
Un autre cas d’utilisation par les institutions pourrait être de renforcer le mouvement civique : j’ai rencontré déjà trop d’expatriés entrepreneurs qui ne sont pas enregistrés dans leur consulat. C’est un premier exemple flagrant d’un problème qui doit être résorbé. 

Comment avez-vous été soutenue par les instances consulaires pour amorcer le projet du Bottin mondial ?

À vrai dire, mon projet était déjà lancé car vivant aux USA, mon entreprise est enregistrée dans l’Etat de Géorgie où je réside. J’ai parlé du site à des consuls honoraires qui m’ont encouragée et à qui j’ai proposé une interview. Le consulat d’Atlanta auquel je suis rattachée m’a également encouragée et je dois faire une interview avec la consul. Je voyais plus Le Bottin Mondial comme un vecteur de communication au service de ces instances pour diffuser des messages auprès des Français. Je n’ai pas pensé que ces instances pouvaient me rendre service. Celles avec qui j’ai interagi m’ont encouragée et confortée dans mon projet, mais j’ai fait mes démarches de création de société toute seule.

Comment envisagez-vous le développement structurel des autres circonscriptions des Français de l'étranger?

Je multiplie mes contacts constamment et touche déjà des sociétés sur tous les continents. Grâce à une couverture média très large Le Bottin Mondial commence à se faire un nom. En un an, le site a été visité plus de 30 000 fois [NDLR: au moment de l’interview, aujourd’hui le site revendique pas loin de 100.000 visites].

Le sérieux et la notoriété du site doivent être reconnus, et j’ai bien conscience du caractère méfiant lié à notre culture. C’est le travail de fond qui, je pense, va petit à petit faire boule de neige. 

"Je suis très attachée à l'idée que chacun est important, a un parcours qui peut inspirer les autres, peut trouver des nouveaux partenaires et sentir qu'on appartient tous à cette communauté de minis porte-drapeaux Français émigrés, expatriés."

Est-ce que le Bottin mondial peut devenir un outil au service des organismes publics ou parapublic au service des Français et des entreprises françaises de l'étranger ?

Je ne dirais pas qu’il peut le devenir ; je dirais qu’il le devient déjà!

Comment ? En regroupant en un seul point toutes les coordonnées des services disponibles. Ainsi l’annuaire comporte déjà les coordonnées de chambres de commerce, de consuls et d’écoles. 

Dans l’autre sens, ces organismes peuvent aussi se servir de l’annuaire en tant que « visiteurs » et accéder à la base de données. La contre-partie que j’aimerais obtenir de ces organismes est qu’ils parlent du Bottin Mondial dans leurs newsletters par exemple pour que les acteurs publics et professionnels le connaissent. 

Le Bottin Mondial fonctionne sur le principe des pages jaunes en fédérant en un seul point toutes les coordonnées des sociétés et professionnels français expatriés et au services de l’expatriation. 

Pourquoi a-t-on besoin, en tant que français, d’avoir accès à ces coordonnées ? Parce que nous avons la chance de porter en nous notre culture, notre histoire, notre image à l’étranger, qui nous caractérisent universellement et dont on doit se sentir fiers. Quand on s’expatrie, on a besoin de se rassurer et de se raccrocher à des compatriotes. Sans devenir forcément proches, on peut trouver auprès de ceux qui vivent déjà localement beaucoup de clés pour s’installer plus rapidement et facilement. Nous sommes des compatriotes bien plus solidaires que ceux d’autres nationalités et il faut aussi encourager les collaborations professionnelles entre nous. 

Le principe du Bottin Mondial répond à deux défis :

  1. rendre l’accès à l’annuaire gratuit pour tous les visiteurs;
  2. délivrer des données toujours à jour.

Comment le fait-il ? En offrant aux professionnels et sociétés un abonnement accessible à tous de 12$ par an. Avec son compte privé chaque professionnel peut faire évoluer ses coordonnées quand il le veut, et est invité à le faire au moment du renouvellement de son abonnement. 

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